Les élections locales sont-elles en fait nationales?

Une fois de plus, nous nous acheminons vers des élections locales qui ne sont locales que de nom. Les maires des communes du Sénégal n’ont pas les moyens de fournir les services publics auxquels les citoyens s’attendent car ces derniers n’ont pas les moyens de financer les services publics qu’ils désirent. De ce fait, les maires ne peuvent pas faire grand-chose sans l’état central comme le dit la mouvance présidentielle en campagne et les résultats que certains maires arrivent à obtenir n’ont pas d’impact systémique.  Le problème est que l’état central non plus n’a pas les moyens d’offrir aux citoyens ce qu’ils désirent. Il lui faudra de ce fait être sélectif dans la distribution de ses moyens limités et transférables à la base. Dans cette sélectivité, l’état devra satisfaire en priorité ceux qui sont prêts à le soutenir politiquement. C’est de ce point de vue que nos élections locales sont véritablement nationales.

Il s’agira pour les sénégalais qui participeront au vote de choisir ceux qui pourront obtenir les privilèges du pouvoir central ou de sanctionner le pouvoir à travers ceux qui aspirent à le représenter dans les localités. Dans l’éventualité d’une forte abstention des citoyens indépendants, les élections locales seront une compétition entre politiciens pour marquer leur territoire en vue de joutes électorales futures et de positions dans l’appareil d’état. Un vote sanction contre les politiciens professionnels en faveur des indépendants ne règlera pas non plus le problème fondamental qui reste que: «les sénégalais recherchent les solutions à leurs problèmes chez leurs élus alors que cette solution est en eux-mêmes».  Ils doivent sortir de leur position de demandeurs de services publics sans en percevoir directement le mode de financement.

De ce point de vue, il est dommage que l’Acte III de la décentralisation n’ait pas été au centre du débat électoral notamment en ce qui concerne le financement du développement local à la base et le rôle que la constitution de pôles régionaux autonomes pouvait jouer pour le faciliter. Les électeurs auraient pu choisir entre des candidats désireux de rattacher leur département ou commune à tel ou tel autre pôle régional sur la base d’objectifs de mutualisation de moyens locaux. Les élections locales auraient également pu être une occasion de poser le débat de la responsabilisation des citoyens à la base dans un contexte macroéconomique difficile au niveau de l’état central. Ce débat, le Mouvement pour la Renaissance, la Liberté et le Développement (MRLD) l’avait posé en organisant des journées citoyennes dans les villes et quartiers de Thiès, Saint-Louis, Kaolack, Ziguinchor et Dakar. Il s’agissait pour nous de faire prendre conscience aux citoyens que leurs aspirations ne pouvaient être financées par l’état central et qu’il leur fallait bâtir une économie locale dynamique pourvoyeuse de recettes budgétaires. Les voies et moyens d’arriver à cet objectif dans le respect de valeurs d’autonomie à la base ne sont malheureusement ni dans le budget de l’état central, ni dans la coopération décentralisée.  L’état devra faire preuve d’imagination.

Pour que le Sénégal puisse enclencher les réformes nécessaires au développement local impulsé par la base et que la politique politicienne recule, il serait souhaitable que le vote du 29 juin 2014 soit le plus éclaté possible sans force politique dominante. Un tel résultat serait une opportunité à saisir pour un leadership national désireux de mettre en œuvre un Acte III de la décentralisation consensuel qui ne serait pas instrumentalisé pour les besoins d’élections futures. Dans un tel contexte et suite à un diagnostic objectif et juste de la situation du pays, des perspectives pourraient s’ouvrir.

 

Dr Abdourahmane Sarr

Centre d’Etudes pour le Financement du Développement Local

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